Tenir un journal de trading et interpréter les données qu'il fournit est indispensable pour tout trader qui prend la pratique au sérieux.
Je vais t'expliquer comment structurer ton journal, quelles données y mettre, et surtout, comment l'analyser.
À quoi sert un journal de trading ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, on ne tient pas un journal pour avoir de jolies statistiques ou flatter son ego, mais pour améliorer son trading.
La réalité est simple : on ne peut pas se fier uniquement à un PnL (gains et pertes) ou à sa mémoire pour progresser.
On a besoin de données concrètes pour interpréter son évolution dans le temps et mettre en place des plans d'action.
Une fois ces données collectées, le journal de trading permet de :
- Confirmer ce qui fonctionne
- Améliorer ce qui fonctionne
- Filtrer ce qui ne fonctionne pas
- Éliminer les points faibles
- Préserver sa stabilité mentale
Que tu sois débutant ou trader expérimenté, le journal de trading reste un outil utile.
Le journal comme stabilisateur mental
Avoir des données concrètes et un historique permet d'atténuer le doute, ou au contraire, de le justifier lors d'une mauvaise passe.
Par exemple, si les données montrent que sur 100 trades avec un actif et une stratégie spécifiques j'ai un win rate de 80 %, je ne m'inquiéterai pas si les 3 prochains trades se passent mal.
Je ne remettrai pas toute ma façon de trader en question.
En revanche, si sur 50 trades avec le même actif et la même stratégie j'ai un taux de réussite proche de 0 %, j'aurai une vraie raison de me remettre en question.
Quel support utiliser pour son journal de trading ?
Le support importe moins que l'utilisation qu'on en fait. Un fichier Excel, un Google Sheets ou un Notion convient parfaitement pour débuter.
Le plus important est de prendre l'habitude de remplir le journal et de l'analyser régulièrement.
Tu pourras ensuite passer à un outil spécialisé qui automatise la partie analytique avancée.
Voici un exemple de modèle de journal de trading sur Excel que j'ai utilisé pendant plusieurs années :

L'avantage d'Excel, c'est qu'on peut tout personnaliser.
L'inconvénient, c'est qu'il faut tout paramétrer soi-même et avoir des connaissances avancées pour créer des tableaux croisés dynamiques et utiliser des formules complexes.
Avec le temps, maintenir et mettre à jour le fichier devient fastidieux.
C'est pour cette raison que j'ai fini par passer à un outil spécialisé avec les fonctionnalités dont j'ai besoin.
Comment tenir un journal de trading ?
Le plus important quand on tient un journal de trading est de pouvoir en tirer des axes d'amélioration grâce à l'analyse des données.
J'ai construit ma méthodologie autour de cet objectif, et elle s'est révélée tout aussi efficace pour mes élèves.
Je vais te l'expliquer en détail dans les prochaines sections.
Une collecte de données en 3 étapes
La collecte et le remplissage des données pour chaque trade se font en trois étapes :
- Avant ou juste après l'entrée en position : on note les informations pertinentes
- À la sortie du trade : on note le résultat et ce qui s'est passé
- Le soir ou le lendemain, une fois que le prix a bougé : on fait la rétrospection
Les informations à collecter à chaque étape

Étape 1 :
- Le portefeuille (backtest ou conditions réelles ?)
- L'actif (MES, NQ, etc.)
- Le sens (long ou short)
- La date et l'heure d'ouverture
- Le prix d'entrée
- La stratégie ou setup utilisé (VWAP, prix juste, Double Bottom, etc.)
- Le take profit visé
- Le stop loss prévu
- La confiance dans le TP (échelle de 1 à 10)
- L'amplitude de marché (information pertinente avec ma méthode de trading)
Étape 2 :
- Le prix de sortie
- La raison de sortie
- La date et l'heure de fermeture
- Le drawdown en points si je suis sorti en bénéfice
Étape 3 :
- S'il y a eu mise à break even
- Si j'ai eu des regrets avec cette mise à break even
- Le manque à gagner (de combien de points le prix est parti après la sortie du trade)
Le manque à gagner est une donnée subjective. Il ne s'agit pas de noter jusqu'où le prix est allé au maximum, mais plutôt jusqu'où on aurait tenu le trade de façon réaliste.
Par exemple, si le prix tombe toute la journée et fait 300 points de baisse, ça ne veut pas dire qu'on aurait tenu les 300 points.
Le manque à gagner réel est bien inférieur.
Mon approche : standardiser l'exécution, pas le risque
J'ai fait le choix de comptabiliser chaque trade comme s'il n'y avait qu'un seul contrat ou lot, peu importe la taille réelle de la position.
Concrètement, si je trade le S&P 500 avec trois lots et que je fais 1 000 €, je note ce trade dans mon journal comme si je n'avais pris qu'un lot.
Le PnL est donc divisé par trois.
À ce stade, la gestion du risque n'a pas d'importance, ce que j'essaie de savoir, c'est si ma manière de trader est bonne ou non.
Le journal me sert à évaluer mon timing, ma lecture de marché, et la qualité de mon exécution.
Le travail sur le risque viendra plus tard, à partir de l'analyse statistique.
Comment analyser son journal de trading ?
Suivre des indicateurs de performance
Grâce aux données collectées pour chaque trade, on peut calculer des ratios et obtenir des statistiques de base comme :
- Le PnL : le profit ou la perte réalisé sur une période donnée
- Le win rate : le pourcentage de trades gagnants sur le total des trades
- Le RR théorique : ce que tu es prêt à risquer par rapport à ton gain probable
Ces indicateurs sont utiles, mais ils ne suffisent pas.
Il existe des indicateurs plus précis pour mesurer la qualité de son trading et identifier des axes d'amélioration concrets :
- L'expectancy ratio : indique combien rapporte en moyenne un trade
- Le ratio de Sharpe : mesure la stabilité du trading
- Le profit factor : somme gagnée pour 1 € perdu

Interpréter les indicateurs de performance ensemble
Pour bien interpréter ces indicateurs, il faut les analyser ensemble.
L'expectancy seul ne suffit pas pour évaluer la qualité de son trading.
On peut afficher un expectancy positif à la fin du mois, mais si un seul gros trade compense des semaines de pertes, la rentabilité repose uniquement sur quelques coups chanceux.
C'est là que le ratio de Sharpe intervient.
Il mesure la stabilité des performances en répondant à une question simple : les gains sont-ils réguliers ou concentrés sur quelques trades ?
Combiner l'expectancy ratio et le ratio de Sharpe donne une bonne idée de la qualité de son trading.
Premier exemple : Expectancy de 0,3, profit factor de 1,6, mais Sharpe entre 0 et 1.
On a de la rentabilité, mais les gains sont peut-être des coups de chance parce qu'ils ne sont pas homogènes.
Deuxième exemple : Expectancy de 0,15, profit factor de 1 pour 1, mais Sharpe de 1,5.
C'est typiquement le profil d'un trader qui prend de nombreux petits gains réguliers avec un bon taux de réussite.
Si le win rate est de 70 ou 80 %, c'est que la personne a trouvé son profil et qu'elle performe bien dans ce contexte.
Utiliser des statistiques avancées filtrées
Une fois qu'on maîtrise les indicateurs de base, on peut affiner l'analyse en filtrant les statistiques par :
- Actif
- Stratégie
- Session de trading
- Sens (long ou short)

Ces filtres permettent d'identifier ce qui fonctionne vraiment dans son trading.
Par exemple, on peut isoler une stratégie spécifique (comme le Prix juste ou l'Écart type) pour voir son expectancy et son Sharpe.
On peut aussi comparer les performances par actif ou par session :
- Est-ce qu'on performe mieux sur la session américaine ou européenne ?
- Quel actif génère le plus de profits ?
L'analyse filtrée permet aussi de mesurer le manque à gagner par stratégie et d'identifier les axes d'amélioration.

Transformer l'analyse en actions concrètes
L'analyse des statistiques permet d'identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.
À partir de là, on peut commencer à adapter son plan de trading : supprimer les stratégies perdantes, renforcer celles qui sont rentables, ajuster les actifs tradés ou les sessions privilégiées.
Une fois ces ajustements effectués, l'étape suivante consiste à vérifier si on arrive à reproduire les nouveaux résultats en compte réel.
On peut avoir d'excellents résultats en démo ou en backtest, mais échouer à les répliquer en réel à cause de l'aspect psychologique.
Des exemples d'ajustements concrets :
- Si les données montrent qu'on perd systématiquement sur les cassures de support, on les retire de notre stratégie.
- Si on est très rentable sur les retours à l'équilibre en session américaine, on augmente l'utilisation de cette stratégie.
- Si on se fait souvent sortir par des mouvements brusques, il faut resserrer le stop loss ou attendre des confirmations plus solides avant d'entrer en position.
- Si on laisse beaucoup de points sur la table avec une stratégie donnée ou après une mise à break even trop rapide, ça signifie qu'on peut être moins défensif et viser des objectifs plus ambitieux.
Quand analyser son journal de trading ?
Pour que l'analyse soit pertinente et non biaisée, il faut d'abord avoir suffisamment de données.
Je recommande au moins une centaine de trades avant de tirer des conclusions.
Une fois ce seuil atteint, la fréquence d'analyse dépend de ton style de trading.
Tu peux analyser ton journal toutes les semaines, tous les mois ou tous les trimestres.
L'important est de garder une régularité pour identifier les tendances et ajuster progressivement ta stratégie.
Avertissement : il ne s’agit pas de conseils en investissement.

